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mardi 4 mars 2014

Les insectes dont les piqûres sont les plus douloureuses




La majorité d'entre nous a déjà fait la douloureuse expérience d'une piqûre d'abeille commune, ou de la morsure d'une petite fourmi de nos contrées. Par chance, peu d'entre nous ont subit les assauts d'espèces telles que les fourmis rouges moissonneuses ou les guêpes Pepsis. Justin Schmidt a, lui, expérimenté toutes sortes de douleur au nom de la science, afin d'en tirer une échelle de douleur des piqûres et autres désagréables contacts avec les insectes.

Cet entomologiste du Centre de recherche Carl Hayden sur les abeilles, testa sur lui-même, à la fin du siècle dernier, les différentes piqûres produites par les espèces de l'ordre des hyménoptères (fourmis, abeilles, guêpes...), au départ, pour tester les propriétés hémolytiques de leur venin. Schmidt s'est ainsi volontairement exposé à la piqûre de plus de 150 insectes, dont il a classé les effets chez l'humain dans une échelle de douleur de sa conception.

De 0 à 2, on y trouve toutes sortes de piqûres bénignes ou légèrement irritantes. A partir de 2, cela se corse franchement, avec des sensations douloureuses de moins en moins supportables, jusqu'à arriver à de la douleur pure dont le score est supérieur égal ou supérieur à 4.

On découvre ainsi l'index Schmidt de la pénibilité des piqûres d'insectes : 

1.0 - Douleur légère et éphémère : Abeilles Lasioglossum,  Halictidae, Guêpes Sceliphron caementarium.

1.2 - Douleur aiguë, soudaine, légèrement alarmante : Fourmis de feu (Solenopsis invicta), Guêpe chasseuse de cicadas (Sphecius grandis).

1.8 - Douleur rare, perçante, élevée : Fourmis de l'Acacia cornigera (Bullhorn acacia), Fourmis bouledogues (Bull ants - Myrmecia).

2.0 - Douleur riche, chaude : Fourmis géantes (Dinoponera Gigantea), Frelon, Bourdons fébriles (Bombus impatiens), Abeilles charpentières (Xylocopa californica) et européennes (Apis mellifera), Guêpes germaniques (Vespula germanica), Polistes arizonensis, P. dominula

3.0 - Douleur grasse et persistante : Fourmi rouge moissonneuse ("Red harvester ant" Pogonomyrmex maricopa) . Douleur caustique et brûlante : Guêpe rouge canadienne (Polistes canadensis), Guêpes de velours (Dasymutilla klugii) : 

Tarentula Hawk Wasp
4.0 - douleur aveuglante, féroce, telle un choc électrique. Occasionnée par la piqûre des Guêpes Pepsis et hémipepsis de la famille des Pompilidae : Ces guêpes (Tarantula Hawk Wasps) se sont spécialisées dans la chasse à la tarentule, dont elle se servent de garde-manger pour leur progéniture. Schmidt compare la douleur de leur piqûre à celle d'un appareil électrique en marche jeté dans sa baignoire pleine d'eau - et avec lui dedans. Une autre espèce de guêpes, la guêpe guerrière (Synoeca septentrionalis) dispense également une piqûre atteignant l'échelle de 4 sur l'index Schmidt.

Warrior wasp
Red velvet-ant Wasp

bullet Ant ou fourmi "balle de fusil"
4.0+ - douleur pure, intense, brillante. Et la palme de la douleur revient à la piqûre de l'espèce Bullet Ant (littéralement, fourmi balle de fusil - Paraponera clavata), qui occasionne une douleur pure, fulgurante, persistante, totalement infernale. En plus de son intensité, la piqûre de ce bourreau prolonge la douleur pendant plus de 24 heures. Fort heureusement, cette espèce ne se trouve que dans les régions tropicales d'Amérique centrale, du sud du Nicaragua jusqu'au sud-est du Paraguay, où elle est par ailleurs partie intégrante de certains rituels des tribus locales : les apprentis-guerriers Satare-Mawe, doivent, pour devenir de vrais guerriers, mettre la main dans un gant de feuilles bourrés de ces fourmis, et subir au moins pendant 10 minutes les piqûres. L'initiation se poursuit une vingtaine de fois dans les mois ou les années suivantes, avant que le jeune guerrier n'obtienne son statut.

L'index Schmidt ne recense que les insectes de l'ordre des hyménoptères, ajoutant à ces données la puissance du venin utilisé. L'espèce la plus venimeuse n'est pas celle qui inflige la douleur la plus fulgurante, puisque, par ordre croissant, elles sont : la fourmi balle de fusil (DL/50 = 1,5 mg/kg), la fourmi bouledogue (DL/50 = 0,18 mg/kg) la fourmi rouge moissonneuse (DL/50 = 0,125 mg/kg), les doses étant recensées sur des souris.Mais d'autres insectes peuvent également piquer ou mordre et infliger des sensations fortement douloureuses. La communauté scientifique n'a pour l'instant aucun classement des espèces d'insectes les plus douloureux. Au vu de la méthode de collecte des données, on peut comprendre pourquoi.

Schmidt, J. O., Blum, M. S., Overal, W. L. (1984). "Hemolytic activities of stinging insect venoms". Archives of Insect Biochemistry and Physiology, 1, 155–160
Schmidt, Justin O. (1990) "Hymenoptera venoms: striving toward the ultimate defense against vertebrates" in D. L. Evans and J. O. Schmidt (Eds.), Insect defenses: adaptive mechanisms and strategies of prey and predators pp. 387–419, State University of New York Press, Albany